Title: Psychopathologie%20et%20d
1Psychopathologie et délinquance
- Christophe.Adam_at_ulb.ac.be
- 02/650.38.65. Bureau H5.132
- Objectifs généraux
- Traiter des liens entre psychopathologie et
délinquance - Présenter de manière approfondie les différentes
catégories psychopathologiques (sémiologie
clinique) et leurs logiques sous-jacentes - Examen écrit questions ouvertes et fermées un
cas clinique
2Psychopathologie et délinquanceIntroduction
générale
- En tant que champ détude pluridisciplinaire,
voire interdisciplinaire, la criminologie est
traversée par des références à la psychiatrie, Ã
la psychologie et à la psychopathologie, laquelle
étudie de manière différentielle les maladies
mentales. - le cours traite des rapports possibles entre
psychopathologie et délinquance. - Sil existe des rapports entre les deux, comment
peuvent-ils se nouer ? Selon quelles
modalités spécifiques ? - Ne faut-il chercher que des rapports de causalité
ou ceux-ci sont-ils dun autre ordre, plus
complexes ? - Ce nest pas parce quun auteur commet un délit
quil est atteint dun trouble ou dune maladie
mentale ! - Le trouble mental ou la maladie nexplique jamais
directement et totalement la délinquance.
3Plan de lintroduction générale
- 1. Comment aborder la matière?
- 2. Partir de la psychopathologie pour aborder la
délinquance implications du projet - 3. Principes directeurs en matière de
psychopathologie
4Comment aborder cette matière ?
- Labord de cette matière peut être réalisé Ã
travers des démarches distinctes - Dans le système de justice pénale, le
psychopathologue est souvent interpellé en tant
quexpert à diverses étapes de la procédure
pénale des investigations policières en passant
par le procès et même au-delà , dans des activités
dévaluation ou de guidance. - Nous retracerons brièvement ces étapes où
lexpert psychopathologue est susceptible
dintervenir. - Les démarches évoquées répondent à certaines
exigences cliniques et théoriques que nous
pointerons également
51. Comment aborder la matière?
- 1.1. Deux démarches-types
- 1.1.1. Première démarche
- 1.1.2. Deuxième démarche
- 1.2. Recours à lexpert psychopathologue
- 1.3. Exigences théorico-cliniques de la démarche
et formes de délinquance sans référence à la
psychopathologie
61.1. Deux démarches -types
- Pour aborder ce domaine des rapports possibles
entre psychopathologie et délinquance, on peut
procéder de deux manières - partir de la psychopathologie pour viser les
manifestations délinquantes - partir de la délinquance pour interroger ses
significations psychopathologiques. -
- 1.1.1. Première démarche
- Si on adopte la première démarche, on peut se
demander selon quels processus les différentes
formes psychopathologiques sont susceptibles
dengendrer des comportements délinquants. Pour
le psychopathologue, la question dune
potentialité délinquante peut se poser en amont
des passages à lacte dans une optique
préventive, anticipative ou prédictive.
7- 1.1.2. Seconde démarche
- Dans la seconde démarche, on part de la
délinquance effective pour dégager
rétrospectivement et, en amont des passages Ã
lacte, les processus psychiques ou
psychologiques qui ont pu conduire à la
délinquance. - Par exemple, lors dun procès, lexpert est
invité à ce type de démarche. La question posée
est celle du diagnostic différentiel, lui
demandant de faire la part entre normalité et
pathologie. - Mais aussi de dégager les sens et les raisons de
ces conduites délinquantes à partir des formes
répertoriées dans la nosographie (description des
maladies, voyez infra pour une définition plus
détaillée).
8- Dans cette seconde démarche, trois remarques
importantes doivent être posées - des comportements objectivement semblables
peuvent correspondre à des pathologies très
différentes - aux comportements les plus graves ne
correspondent pas nécessairement les troubles les
plus graves, les plus profonds - les faits ne sont jamais parlants en eux-mêmes et
pour eux-mêmes, il sagit de les rendre parlants,
autrement dit de les interpréter. Les faits
réclament toujours une interprétation, ils ne
sont jamais significatifs en eux-mêmes. Il faut
donc nous méfier de cette idée selon laquelle les
faits parleraient deux-mêmes
91.2. Recours à lexpert psychopathologue
- Dans la mesure où la criminologie constitue un
champ où se rencontrent plusieurs disciplines
scientifiques, le psychopathologue ne pourra
jamais se limiter aux seules exigences de la
psychopathologie. Il lui faudra apprendre Ã
parler plusieurs langues disciplinaires. Si lon
fait appel à ses compétences, cest pour les
mettre au service de disciplines non
scientifiques. - Ce recours aux savoirs des experts comporte des
risques - de détournement du sens de ce que va dire le
psychopathologue car ses propos ne sont pas
toujours utilisés dans un but scientifique. On
peut parler alors dune  instrumentalisationÂ
de lexpert.
10- Lorsquon arrête un suspect, pour répondre à la
question est-il lauteur du crime ? A-t-il le
profil psychologique pour commettre tel acte ? On
peut aussi linterroger sur la crédibilité dune
victime sur des actes de violence sexuelle.
Est-ce que la personne est authentique ou
affabule-t-elle ? Lexpert sera chargé dexaminer
si les conséquences évoquées par la victime
correspondent aux désordres post-traumatiques.
11- On peut faire appel à lexpert à différentes
étapes de la réaction formelle à la délinquance
- Lors de la recherche du criminel pour chercher
à lidentifier, le spécialiste lit des indices
pour induire des traits caractéristiques de
lauteur (démarche appelée  profiling ). On
essaie de reconstituer la logique des auteurs Ã
agir. Lexpert détermine quel type de
personnalité est le plus susceptible de commettre
tel acte en établissant un profil psychologique
ou psychopathologique. Parfois, on fait appel au
psychologue pour voir sil y a un auteur ou
plusieurs auteurs à lorigine de plusieurs actes.
12- A moment de linstruction ou du procès. Il sagit
alors dune démarche rétro- et prospective.
Lexamen porte sur plusieurs choses ce qui
sest passé, sur ce que lintéressé est devenu,
sur le traitement quil devrait suivre, sur son
avenir, etc. Lexpert ne peut jamais déterminer
avec certitude ce qui sest passé ! Il ne peut
non plus savoir ce qui va se passer dans le futur
mais cela nempêche pas quon puisse lui demander
ce quil en pense. Est-ce que la personne a
vraiment fait ce quon lui impute ? Fera-t-elle
ce que lon craint la récidive ou ce que lon
désire la réinsertion ? - Au-delà de la décision, il peut intervenir dans
un rôle de suivi, de guidance, dévaluation des
décisions (libération conditionnelle ou congé
pénitentiaire).
13- Le sens de lexpertise varie donc en fonction des
étapes dans lesquelles elle est amenée à prendre
place. Dans cette collaboration entre juriste et
expert psychopathologue, une des difficultés
majeures tient à la différence des catégories en
droit pénal et en psychopathologie. - Par exemple, lorsque les textes parlent de
démence, ils le font dans un sens qui nest plus
adéquat au regard des références
psychopathologiques. - Autre exemple les notions de culpabilité et de
responsabilité nont pas le même sens en droit et
en psychologie. Lors dun procès, le débat entre
juriste et psychologue risque dêtre biaisé par
les conséquences entraînées par le diagnosticÂ
le juriste peut vouloir éviter linternement
parce que lintéressé ne sera pas condamné.
Certains experts estiment que lintéressé doit
être puni, dautres quil a besoin dun
traitement. On peut ainsi  irresponsabiliser  le
s responsables et  responsabiliser les
irresponsables simplement en fonction de lidée
que lon se fait du sens de la peine ou de la
mesure de défense sociale (en les déclarant soit
pénalement irresponsables, soit pénalement
responsables).
14- Mais il faut toujours prendre en compte le point
de vue du délinquant. Il a parfois dautres
attentes par rapport à lexpert que simplement
détablir son profil psychologique. - Le délinquant peut aussi nourrir lespoir de se
faire aider dans la recherche dune explication
de son propre comportement. - Il peut aussi avoir lespoir que cette
signification pourra être reconnue en elle-même,
ce qui rendrait justice à ce quil est. - Il ne faut surtout pas négliger ces attentes
quon a parfois peine à imaginer dans le cadre de
la justice pénale.
151.3. Exigences théorico-cliniques de la démarche
et formes de délinquance sans référence à la
psychopathologie
- Quest-ce que cette démarche exige de la part de
lexpert en psychopathologie ? - Quoi quil en soit du mandat, de sa mission et de
lélaboration de son avis final, il faut dabord
procéder à une démarche dinvestigation pour
connaître les enjeux du  drame du point de vue
de tous les protagonistes (on retrouve ici lidée
dun drame qui se joue toujours à plusieurs). - Cest au spécialiste de décider des méthodes Ã
utiliser pour mener cet examen. Il ne peut sen
tenir à la seule prise en compte des facteurs
psychiques ou psychologiques, il doit toujours
tenir compte de linteraction entre ce facteur et
dautres facteurs. Pourquoi cette victime ?
Pourquoi tel délit ? Quels sont les éléments qui
ont provoqué le passage à lacte ?
16- Lorsquon se place du point de vue de la
psychopathologie, peut-on faire correspondre une
diversité de formes de perturbation à la
délinquance ? La référence à la psychopathologie
permet de différencier des types de délinquance
qui ne doivent rien à la gravité des faits mais
se définissent toujours selon le sens quils
prennent pour le délinquant. - Certaines formes de délinquance nimpliquent pas
quon se réfère à la psychopathologie pour les
comprendre. Il sagit de - 1) la délinquance occasionnelle ne correspond
pas à une perturbation importante ni à un trouble
exceptionnel. Par exemple, un vol lors dune
guindaille détudiants. - 2) La délinquance réactionnelle venant en
réponse à un événement perturbant. Par exemple,
une suite de vols après un deuil. - 3) La délinquance  accident de parcours Â
survient lors dun passage difficile dans la
vie. Par exemple, les coups et blessures suite Ã
une rupture amoureuse.
17- 4) La délinquance sociopathique les processus
en cause sont normaux mais lintéressé appartient
à un milieu où la délinquance fait partie des
normes. - 5) Le syndrome carentiel la délinquance
appartient à lensemble des manifestations
symptomatiques résultant dun développement
marqué par la carence affective et relationnelle
dans la petite enfance. La délinquance nest
quun des nombreux signes du tableau clinique.
181.4. Les étapes de la démarche du psychopathologue
- Généralement, la démarche du psychopathologue se
déroule en trois étapes - 1) examen du système des catégories pénales selon
lesquelles les comportements en cause peuvent
être appréhendés. - 2) Examen des correspondances entre les
comportements criminalisés et le système de
nosographie psychopathologique (que lon abordera
plus loin). - 3) Confronter les catégories pénales et
psychopathologiques tout en sachant quelles ne
se recouvrent pas.
19- Cette troisième étape doit nous conduire Ã
exprimer des réserves - un comportement ne permet jamais de définir une
catégorie nosographique - on ne peut passer de la qualification dun
comportement à la qualification dune personne au
sens où quelquun serait réduit à ses actes - un comportement ne renvoie jamais à un profil
unique. Une même catégorie pénale peut rassembler
un très grand polymorphisme de conduites - lorsquon analyse ces comportements, on doit
prendre en compte dautres facteurs que
psychiques, autrement dit tous les éléments de la
scène interpersonnelle (liens familiaux, sphère
professionnelle, etc.) - le recours à un tel comportement peut venir
remplir une fonction très différente selon la
dynamique psychologique du sujet. Par exemple, le
même type de vol chez lun et chez lautre ne
prendra pas le même sens.
202. Partir de la psychopathologie pour aborder la
délinquance implications du projet
- Si lon admet que la délinquance doit être
étudiée dans ses dimensions psychiques et
psychologiques, cela ne signifie pas pour autant
que lon soit conduit à sengager dans le champ
de la psychopathologie. Si lon décide néanmoins
de suivre ce chemin, il faut alors se poser une
série de questions et répondre à certaines
exigences. - Quels sont les phénomènes délinquants qui peuvent
être considérés comme relevant de la
psychopathologie ? - Quest-ce quune psychopathologie en général et
une psychopathologie de la délinquance en
particulier ? - Comment définit-on ce champ dans labord des
phénomènes dont il relève ? Quelles sont les
exigences scientifiques dune psychopathologie
digne de ce nom ?
212. Partir de la psychopathologie pour aborder la
délinquance
- 2.1. Une psychopathologie de la délinquance
- 2.2. Une psychopathologie scientifique et
rigoureuse nosologie, nosotaxie, nosographie et
nosognosie - 2.2.1. Nosologie
- 2.2.2. Nosotaxie
- 2.2.3. Nosographie
- 2.2.4. Nosognosie
- 2.3. Les significations du terme  pathos pour
une authentique patho-logie - 2.3.1. Signification du substantif
- 2.3.2. Le verbe  patheinÂ
- 2.3.3. La conception originelle du pathos
- 2.4. Le drame de Gina (témoignage audiovisuel)
- 2.5. Le drame de Gina sous langle dune
psychopathologie - 2.5.1. Questionnement multiple à partir dune
conception originelle du pathos - 2.5.2. Un nécessaire dépassement de la démarche
étiologique - 2.5.3. Une nécessaire distinction entre
culpabilité et responsabilité - 2.5.4. Aristote et le tragique
- 2.5.5. La notion de crise chez Viktor Von
Weizsäcker - 2.5.6. Les aspects de la crise chez Gina
- 2.5.7. Les représentations scientifiques et
non-scientifiques de la maladie
222.1. Une psychopathologie de la délinquance
- De quoi dépend la décision dinclure ou dexclure
le comportement dans le champ de la
psychopathologie ? Est-ce la réaction sociale qui
en décide ? Existe-t-il des critères
scientifiques pour considérer que tel ou tel type
de délinquance relève du champ de la
psychopathologie ? - Si lon prend lexemple de lhomosexualité, dans
le monde occidental, il tend à disparaître des
codes pénaux et des manuels de psychiatrie. Alors
que cette forme de sexualité a longtemps été
considérée doublement comme une infraction et une
maladie1. Est-ce que la  pathologisation de
lhomosexualité est uniquement politique ?
Relève-t-elle de l  homophobie (peur et haine
à légard des homosexuels) et des mécanismes de
défense qui jouent dans cette réaction à une
sexualité interrogeant la norme sociale au sens
de la sexualité la plus fréquente qui est
hétérosexuelle ? Exemple du DSM
23- On peut se demander comment tracer les limites de
lensemble des phénomènes délinquants qui
relèvent de la psychopathologie et comment
déterminer des critères définitoires et
différentiels. A propos de quels comportements
peut-on parler de psychopathologie ? A propos de
quelles données cliniques ?
242.2. Une psychopathologie scientifique et
rigoureuse nosologie, nosotaxie, nosographie et
nosognosie
- Une psychopathologie correspond toujours
nécessairement à une prise de position sur quatre
plans. - Ces plans sont toujours en rapport étroit les uns
avec les autres, ce qui signifie quune prise de
position sur lun entraîne des effets sur les
trois autres. Cette prise de position, pleinement
assumée, est dautant plus essentielle quon
parle à lheure actuelle de courant dit
 athéorique , ce qui constitue un profond déni
des conceptions théoriques toujours à lœuvre
dans une démarche psychopathologique. - Lorsquon saffirme  a-théorique , on a alors
la pire théorie de toutes celle qui nous
permettrait déviter les débats didées en
supprimant les conflits décole alors quils
donnent à la matière son caractère vivant.
Certains voient dans ce courant la mort même de
la pensée dans le domaine de la psychiatrie,
allant même jusquà dire, sans doute en
exagérant, que ce courant est lui-même criminel.
25- Sans aller jusque là , il faut reconnaître que le
célèbre Manuel statistique et diagnostique des
troubles mentaux mieux connu sous labréviation
DSM , vendu partout dans le monde et
prétendument a-théorique, ne remplit pas les
conditions pour être qualifié de
psychopathologie. Ce nest pas une
psychopathologie, cest un outil qui permet de
classer des troubles et des personnes dans ces
troubles. - Il permet aussi de mener des recherches
scientifiques parce quil suppose un langage
commun au sens où les différentes entités qui le
composent feraient consensus parmi les
scientifiques. - Enfin, il permet de mettre en rapport différents
domaines celui des assurances (notamment celui
de la maladie comme invalidité), de lindustrie
pharmaceutique, des traitements, etc. On pourrait
le voir comme une sorte de  logiciel qui code
linformation pour relier ces différents domaines
et permettre des échanges entre eux.
26- Avant de préciser ces plans, il faut remarquer
que cest le terme  nosos et non  pathosÂ
comme dans pathologie qui est utilisé ici. - Ces deux termes ne signifient pas exactement la
même chose, même si on peut les considérer comme
synonymes. -  Nosos a un sens plus technique car il renvoie
au vocabulaire technique de la médecine de lâme
chez les Grecs et est employé pour qualifier une
maladie reconnue, nommée. - En revanche,  pathos na pas seulement un sens
médical, cest un terme plus large comme nous le
verrons en détail plus loin. Il est utilisé en
médecine pour décrire des symptômes isolés ou des
effets dune maladie qui nest pas encore
reconnue, qui na pas encore reçu un nom.
27- 2.2.1. NosologieÂ
- Le terme grec Nosos désigne la maladie. Ce plan
renvoie à la conception scientifique de la
maladie dans ses rapports avec la non-maladie,
cest-à -dire avec la santé ou la normalité. Une
conception de lhomme malade et de lhomme sain
est toujours à lœuvre dans toute
psychopathologie
28- 2.2.2. Nosotaxie
- Le terme grec  taxis désigne la
classification, soit la mise en ordre rationnel
et systématique des différentes formes de
maladies. Lorsquon parle de  nosotaxie , on
vise la façon dont les maladies sont agencées les
unes par rapport aux autres. - Une authentique nosotaxie ne peut se suffire
dune juxtaposition des entités morbides
(synonyme du terme  maladie ) au sens où on les
superpose les unes sur les autres comme une sorte
de château de cartes des maladies mentales. Nous
avons ici affaire à lidée dun système où tout
tient ensemble dans des relations complexes. - Dès lors, lorsque lon parle dune forme de
maladie, il faut toujours nécessairement la
situer en rapport aux autres. Par exemple, on ne
peut pas parler de manie sans évoquer la
dépression, ni de perversion sans faire référence
à la névrose. Dans cette optique, les maladies
nexistent jamais que les unes par et en rapport
aux autres.
29- 2.3. Nosographie
- Le vocable grec  graphia renvoie à laction de
décrire. Il sagit du plan descriptif des
maladies en  tableaux cliniques rassemblant
une série de signes et de symptômes
caractéristiques qui permettent didentifier la
maladie. Cela étant, il faut se méfier de ces
tableaux car des maladies différentes peuvent
donner des symptômes semblables. Il est par
exemple difficile de faire la part entre
lhyperactivité et la dépression chez lenfant
car les deux maladies peuvent donner lieu à des
signes dagitation motrice.
30- 2.2.4. Nosognosie
- Le terme  gnosos traduit laction de connaître
et reconnaître les phénomènes à étudier, ce qui
implique à la fois une méthode et une
méthodologie (la méthodologie étant létude de la
méthode elle-même).
31- Ces quatre termes renvoyant à la notion de
maladie ne sont pas les seuls à qualifier
techniquement le champ des phénomènes. On parle
aussi souvent de blocages, de troubles ou de
perturbations. On peut aussi parler de problème
critique non résolu. - Dautres termes sont aussi utilisés, construits
notamment avec le préfixe  Dys - comme dans
dysfonctionnement.  Dys vient du grec  DusÂ
signifiant deux choses dune part, lidée de
difficulté, dembarras, et, de lautre, lidée de
manque, de défaut, de mal, de mauvais état. On
peut également faire référence au préfixe  Dé -
traduisant une altération, un devenir  autreÂ
jusquà une transformation dans son contraire. On
retrouve ici lidée de défaire ce qui a été fait,
de perdre ce qui a été acquis ou ce qui restait Ã
faire. Exemples de terme désordre,
désorganisation, dérangement, déséquilibre,
démence.
32- A travers tous ces termes, il est question
daller mal le fonctionnement même de
lexistence est en souffrance. Cela étant, il ne
faut jamais perdre de vue que le fait daller
mal, dêtre malade, ne soppose pas au fait
daller bien, dêtre en bonne santé. Il sagit
toujours bien de relativiser lopposition
tranchée entre normal et pathologique. Quest-ce
que la maladie ? Simplement un état de
non-santé ? Ne sagit-il pas davantage, de
manière plus complexe, de la capacité de tomber
malade et de dépasser un tel état ? La maladie
nest-elle pas déjà une certaine tentative de
guérison, visant à retrouver un nouvel
équilibre ? La santé est peut-être aussi tout ce
que nous mettons en place comme manières de nous
défendre contre la maladie. - Dès lors, notre conception est dynamique et non
plus statique, nous retrouvons alors lesprit
même des tout premiers médecins. En outre, il
faut pouvoir sinterroger sur ce quest un
 homme sain car cest là un mythe. Nous avons
tous notre lot de failles, de difficultés, de
hauts et de bas dans la vie.
332.3. Les significations du terme  pathos pour
une authentique patho-logie
- Il faut ici revenir sur le sens de ce terme chez
les grecs pour comprendre sa densité originelle
et surtout mesurer la perte de complexité
actuelle lorsque lon le mobilise dans des sens
beaucoup plus restreints. Faisons ainsi le pari
quen retrouvant ses significations profondes,
oubliées, voire même ignorées, cela nous
permettra dêtre plus rigoureux quant aux
implications dune étude du pathos et de ses
logiques. Il sagit donc dun substantif
exprimant ce que lon vit intérieurement, tout ce
qui peut affecter le corps et lesprit, et la
manière dont le sujet est capable dy faire face.
34- 2.3.1. Significations du substantif
- - celui dépreuve cest lexpérience subie.
- - celui dévénement fortuit cest ce qui nous
tombe dessus en simposant à nous. - - celui détat dâme lâme est agitée de
lextérieur par lévénement fortuit et de
lintérieur par nos propres passions. -  Pathos va donc semployer pour dire ce qui
arrive, lexpérience subie, le malheur qui frappe
et lémotion de lâme (littéralement lâme mise
en mouvement). Le vocable désigne aussi ce que
les expressions de ces émotions peuvent avoir
dempathique ou de dramatique (pathétique).
35- 2.3.2. Le verbe  patheinÂ
- Le terme provient du verbe  Pathein , verbe
daction signifiant - - lactivité de recevoir une sensation, une
impression, dencaisser leffet produit sur soiÂ
- - lactivité de subir en tant que patientÂ
- - lactivité dendurer les faits produits mettant
à lépreuve nos capacités à supporter - - lactivité de souffrir, déprouver cette
souffrance, la supporter et ladmettre. - Les mots français issus de cette parenté
étymologique sont apathie (pas capable de
souffrance), empathie, psychopathie, sympathie
36- 2.3.3. La conception originelle du pathos
- Si nous avons tant insisté sur le sens originel
du mot  pathos , cest parce que les grecs en
avaient une conception particulièrement vivante,
dynamique et processuelle. Cette conception sest
considérablement réduite et figée dans
lévolution des savoirs et des disciplines
concernés par la psychopathologie, de plus en
plus savantes. Retrouvons dès lors linspiration
des premiers médecins. - Lorsque nous envisageons le pathos, nous avons
affaire à lidée dun processus temporel, dun
drame en train de se produire, dune épreuve
existentielle. Le sujet de ce drame qui est
toujours un drame à plusieurs protagonistes se
retrouve dans un processus de métamorphose, de
changement, une transformation sopère. Le sujet
est en passage, en devenir.  Pathos désigne Ã
la fois ce que lon éprouve et ce qui nous
éprouve dans notre puissance personnelle,
sollicitant du même coup nos capacités à réagir.
37- Cette puissance personnelle est celle du  devoir
être ,  pouvoir être et  vouloir être , ce
sont les trois catégories pathiques. Le sujet
séprouve lui-même quant à ce quil doit, veut et
peut être. Dans les épreuves que nous traversons,
nous pouvons nous redécouvrir. - La signification première de pathos est ce Ã
partir de quoi et vers quoi un être est passé, en
voie dévolution. On retrouve ici lidée forte de
passage, de transition entre un point de départ
et ce qui va résulter de lévolution en cours.
Pathos exprime lidée dêtre en train de se
faire, en cours. Ce processus de changement peut
transformer le sujet positivement dans le sens
dune amélioration, croissance, épanouissement
ou négativement dans le sens dune
détérioration. - Ce processus nest pas à décrire de
lextérieur mais du point de vue même de
lintéressé qui léprouve, en tant quil en est
le siège. - Ce premier sens de passage va se restreindre au
fil du temps. En effet, il va désigner une
évolution toujours du plus être vers un moins
être, la transition dun bien être vers un mal
être, de la santé à la maladie. De plus en plus,
 pathos signifiera souffrance, maladie mais
tout de même en gardant cette idée de processus
et de capacité dy faire face, de faire avec.
38- Nous avons évoqué que pathos renvoyait à lidée
dun drame vécu par le sujet. Comment ne pas nous
souvenir ici que les anciens grecs sont les
inventeurs de la tragédie où le héros tragique
représente la figure éminente du pathos. Le
destin dŒdipe dans la tragédie de Sophocle Œdipe
Roi est exemplaire voilà que ce héros criminel
passe du sommet de la gloire au malheur, de la
fortune à la révélation des crimes quil a
commis. Il tue son père Laïos et épouse sa mère
Jocaste. Dans la tragédie apparaît la possibilité
de la psyché de saltérer mais aussi dêtre
lartisan de son propre destin et malheur. Etant
spectateur de la tragédie où un autre, en
loccurrence le héros du drame, passe de
linfortune au malheur, nous pouvons nous
identifier à ce héros et libérer au dehors
certains affects qui menaçaient au-dedans notre
propre intégrité psychique. Nous revivons ainsi
notre propre malheur à travers un autre, héros du
drame
39- A partir de ces significations originelles dont
il importe de retrouver linspiration, il sagira
toujours dêtre capable de ressaisir le drame
faisant passer quelquun à la délinquance ou au
crime, déclairer selon quelles logiques propres
au pathos la dramatique du sujet singulier se
joue-t-elle
402.4. Le drame de Gina témoignage audiovisuel